To Kill a Mockingbird – Harper Lee

J’ai eu l’occasion de faire une lecture commune de To Kill a Mockingbird (Harper Lee) avec des gentilles personnes motivées du Club de Lecture MS. Petit retour de lecture.

Club de Lecture MS ? Quésaco ?

Internet et plus particulièrement la blogosphère peut parfois me taper sur le système (cet article commence bien ^^) Mais parfois, l’interaction avec d’autres personnes sur Internet (et même Facebook, oui, oui !) s’avère très positive et même très intéressante.

Tout ça pour dire que la très sympathique Victoria du blog Mango & Salt a récemment ouvert un groupe sur facebook sous forme de « bookclub ». Elle nous propose tous les mois une sélection de livres, basée sur une thématique et après vote, le livre à lire pour le mois prochain est sélectionné ! C’est simple, participatif et on découvre sans arrêt de nouveau titre ! Pour en savoir plus sur ce club de lecture, hop, on clique par ici !

Pourquoi cette lecture ?

22024583To Kill a Mockingbird ne faisait parti d’aucune sélection mais certaines personnes l’ont proposé en lecture commune, suite au décès récent de son auteure. La lecture commune comme mode de découverte littéraire pousse vraiment à sortir de sa « zone de confort de lecture ». J’ai donc sauté sur l’occasion !

Voulant le lire en version numérique, je me suis aperçue que la version française coûte 15,99 € contre 3,55 € en version originale (en anglais donc). Je suis toujours sidérée de voir de telle différence de prix. Et oui, je connais la loi sur le prix unique du livre, mais quand je vois que l’on peut trouver la version française en poche papier pour moins de 7 €, il n’est plus de justificatif possible à une version à 15,99 € sans ajout réel.

Enfin bref, tout ça pour dire entre deux râleries que je l’ai lu en version originale. Je ne suis donc pas sortie de ma zone de confort, je m’en suis éjectée ! Mais l’avantage d’une liseuse connectée avec dictionnaire intégré permet justement de s’aventurer à lire en version originale. C’est vraiment une bonne expérience que je recommencerais à coup sûr.

Notes de lecture

[attention, spoiler !!]

Je ne connaissais pas grand chose à l’intrigue avant de commencer et c’est tant mieux. Toute l’histoire est racontée à travers les yeux de la jeune Scout (oui, oui, c’est son prénom). Je ne vais pas faire ici un résumé, vous pouvez le trouver sur Wikipédia ou en furetant du côté de Goodreads (avec tout plein de critiques !). Je vais plutôt vous donner mes impressions de lectures et mettre en avant les aspects du roman qui m’ont le plus plu. Du coup, c’est un peu le moment de fuir cette page si vous ne voulez pas être spoilé ou si vous n’avez pas envie de discuter d’autre chose que de l’intrigue.

**Les images d’illustrations sont tirées de l’adaptation en film de 1962**


Scout-Mockingbird_lLes huit premiers chapitres sont marqués par la quiétude de l’enfance, l’école, les copains, les histoires que l’on se raconte pour se faire peur ou s’impressionner, les vacances… L’auteur peint par touches cette Amérique, pauvre et rurale de l’Alabama du début du 20ème siècle. La simplicité et le dénuement relatif dans lesquels vivent les personnages n’empêchent pas les nombreux rebondissements, surtout vu par des yeux d’enfants.

On assiste à des moments qui font forcément échos en nous, empreint de douceur et de nostalgie, comme lorsque Scout  découvre la neige pour la première fois (chap. 8) :

Next morning I awoke, looked out the windows and nearly died of fright. My screams brought Atticus from his bathroom half-shaved.
« The world’s endin’, Atticus ! Please do something-! » I dragged him to the windows and pointed.
« No it’s not, » he said. « It’s snowing. »

Les premiers chapitres enchainent des petites péripéties dans la vie de Scout, son frère Jem, le tout chapeauté par la figure respectée et aimée de leur père, Atticus Finch. Mais ce qui apparait comme de petits mystères d’enfants autour de la maison des Radley et de l’enigmatique Boo Radley -personnage que l’on ne voit jamais vraiment mais qui est tout le temps là, sans qu’on ne le voit – vient jeter un voile de plus en plus sombre sur ce roman. L’incendie de la maison de Miss Maudie vient symboliquement opérer une cassure dans ce long fleuve tranquille.

Le reste du roman se divise en trois grandes parties narratives : les évènements et la nomination d’Atticus comme avocat pour défendre Tom Robinson, le procès et les conséquences / l’après-procès.

Un avis mitigé …

Est-ce dû à la lecture en VO ou au fait que la narratrice est une petite fille, mais j’avoue que parfois l’intrigue me paraissait floue. Le rythme est assez irrégulier et la gestion du temps aussi. Je me suis trouvée à languir dans certains passages et d’autres fois complètement prise dans un cliffhanger. J’ai beaucoup aimé naviguer dans cet univers de l’Amérique rurale des années 1930 et je pense que c’est se qui a sauvé ma lecture de l’ennui à plusieurs reprises.

Lors de l’affaire Tom Robinson, le choix d’une petite fille espiègle comme narratrice prend tout son sens. Il met d’autant plus en exergue le racisme anti-noir et son absurdité. La scène de nuit avec le « gang » stoppé par les paroles de cette petite fille en est un parfait symbole.

Concernant l’histoire, même si j’avais de mince espoir, quand la narratrice évoque à nouveau le fait de tirer sur des oiseaux moqueurs, j’ai compris que le jury allait déclarer Tom Robinson coupable. (Après, je suis du genre à avoir espéré que Ned Stark ne soit pas vraiment mort sur plusieurs chapîtres hein …… **ahem**) Je n’ai pas été surprise par la suite de la nouvelle de sa mort.

J’ai trouvé que tous les chapitres suivant le procès et la mort de Tom Robinson étaient longs, je ne voyais pas vraiment leur intérêt et dans les trois derniers chapitres, BAM, tout s’emballe pour ensuite se finir de manière un peu poussive. Le roman se termine comme un chapitre lambda, sans réelle conclusion. Est-ce pour montrer que tout continue ? La routine prend le dessus sur les évènement ? Bref, le clap final sur ce livre m’a plutôt fait un effet « mmmmh, okaaay » que « oh woooooaaaw ». En même temps, il était difficile de lire ce livre tellement encensé sans avoir l’étiquette « culte » sans arrêt en tête. Mais quand même, je m’attendais à plus de construction, une meilleure gestion du temps narratif et une fin plus « envolée ».

Mes moments préférés

Il serait faux de dire que je n’ai pas apprécié ma lecture. Mes meilleurs moment de lectures sont en vrac :

  • les premiers chapitres et la plongée dans un univers cocon/enfantin
  • le bref passage avec Dolphus Raymond
  • l’épisode d’Halloween avec l’attaque de Bob Ewel
  • l’arrivée (pas assez exploitée à mon goût) de Boo Radley

J’avoue également que le passage où Atticus à les larmes m’a aux yeux m’a particulièrement émue.

Allons plus loin dans l’analyse de cette oeuvre …

J’ai envie de revenir maintenant sur plusieurs points développé par l’auteur dans ce roman. Donc, si vous n’étiez pas déjà parti, attachez vos ceintures, c’est le moment « amis de la drosophilie, bonjour !« .

Critiques de la société : la religion aveugle

To Kill a Mockingbird n’est pas exempt de touches d’humour, glissé ça et là par l’auteure. Le personnage de Miss Maudie et sa répartie sans faille, dans un dialogue avec la jeune Scout, égratigne par exemple la bigoterie de certains de ces contemporains :

Miss Maudie settled her bridgework. « You know old Mr. Radley was a foot-washing Baptist -« 
« That’s what you are, ain’t it ? »
« My shell’s not that hard, child. I’m just a Baptist. »
« Don’t you all believe in foot-washing ? »
« We do. At home in the bathtub. »

Harper Lee ne s’arrête pas là et continue sa critique du fanatisme religieux dans ce même chapître 5, critique qui fait bien évidemment échos aux clivages raciaux dans la suite du roman :

Miss Maudie stopped rocking, and her voice hardened. « You are too young to understand it, » she said, « but sometimes the Bible in the hand of one man is worse than a whiskey bottle in the hand of-oh, of your father. »

Dialogue Atticus & Scout : expectations VS reality

MOCKINGBIRD_2141845cA de nombreuses reprises dans le roman, les interrogations de la jeune Scout adressées à son père nous offrent de beaux moments de lecture où le monde des enfants affronte celui des adultes. Au-delà de la relation père-fille, les valeurs qu’essaye d’apprendre Atticus à ses enfants sont autant de questions que l’auteur pose à ses lecteurs sur la société. Même transposés à l’échelle d’une cours d’école, les clivages sociaux et le racisme aveugle du début du 20ème siècle nous interpellent dans ces deux passages où Atticus essaye d’apprendre le recul et la tolérance à sa fille :

« You aren’t really a nigger-lover, then, are you ? »
« I certainly am. I do my best to love everybody… I’m hard put, sometimes-baby, it’s never an insult to be called what somebody thinks is a bad name. It just shows how poor that person is, it doesn’t hurt you. »

Il est encore plus émouvant pour le lecteur de voir le combat d’un homme contre une société injuste, et sa volonté de voir ses enfants embrasser ce combat à leur niveau, toujours dans une optique pacifiste :

« Because I could never ask you to mind me again. Scout, simply by the nature of the work, every lawyer gets at least one case in his lifetime that affects him personnally. This one’s mine, I guess. You might hear some ugly talk about it at school, but do one thing for me if you will : you just hold your head high and keep those fists down. No matter what anybody says to you, don’t you let ’em get your goat. Try fighting with your head for a change… it’s a good one, even if it does resist learning. »

La question de l’injuste sociale sera mise en abime plus loin, une fois le procès et la mort de Tom passée. Scout apprend à l’école l’existence d’Hitler et du nazisme et ne comprend pas pourquoi sa maîtresse est si bouleversée par le sort réservé aux juifs alors qu’elle est insensible à celui de la population afro-américaine en général et au cas de Tom Robinson en particulier. Elle ne comprend pas pourquoi cette femme pleure pour des injustices lointaines et se rejouit de celles qui l’entourent. Cette pensée enfantine donne encore plus de force au discours anti-raciste d’Harper Lee.

Ce dialogue entre Jem et Atticus à la suite du procès résume à lui seul l’injustice aveugle et la condamnation raciste :

« How could they do it, how could they ? »
« I don’t know, but they did it. They’ve done it before and they did it tonight and they’ll do it again and when they do it-seems that only children weep. Good night. »

Déterminisme social ?

En allant plus loin que la dénonciation du racisme et des inégalités sociales, Harper Lee pose la question du déterminisme social dans cette Amérique rurale. Les discussions animées entre Jem et Scout sur la notion de « background » posent clairement la question : qu’est-ce qui définit une personne ? Est-elle la somme de ce que son milieu social lui lègue ou peut-elle s’en affranchir pour se réaliser ? Cette réflexion sur ce que qui fait d’une personne ce qu’elle est ou peut devenir, bataille entre l »inné et l’acquis est illustrée à plusieurs reprises. Par l’exemple de Walter Cunninghams, Harper Lee fait clamer à Scout la possibilité de l’égalité absolue mise à mal par les déterminismes sociaux :

« No, everybody’s gotta learn, nobody’s born knowin’. That’s Walter’s as smart as he can be, he just gets held back sometimes because he has to stay out and help his daddy. Nothin’s wrong with him. Naw, Jem, I think there’s just one kink of folks. Folks.« 

Le dépassement de sa condition est plus ou moins incarné par le personnage de Dolphus Raymond. Je dis plus ou moins parce qu’il est caché. Dolphus Raymond (en plus d’avoir un nom trop fun 🙂 ) est l’incarnation vivante du diction « pour vivre heureux, vivons caché ». Il sacrifie sans scrupule son personnage social au profit de sa propre vie. Le dialogue entre lui et Scout pendant le procès de Tom Robinson est un de mes passages préférés. Pas tant par ce qui est écrit mais plus pour ce que cela évoque : Dolphus Raymond est une écriture de la marge, du refus du sacrifice personnel au profit des pressions sociales. Quand Scout apprend qu’il préfère passer pour un alcoolique pour que sa façon de vivre soit toléré socialement, la vision binaire de l’enfant, bien/mal – vérité/mensonge en est troublée :

« That ain’t honest, Mr Raymond, making yourself out badder’n you are already-« 
« It ain’t honest but it’s mighty helpful to folks. Secretly, Miss Finch, I’m not much of a drinker, but you see they could never, never understand that I live like I do because that’s the way I want to live.« 

Ce passage – et plus précisément cette tirade – est un moment fort du roman. La vision du personnage de Dolphus a eu une grande résonnance en moi, même si au final, on pourrait penser que c’est un moment plutôt anecdotique dans l’histoire. Il résume à mon sens tout le message du livre : il n’y a pas de meilleure vie que celle que l’on désire, de meilleure personne que celle que l’on construit, peu importe les notions de classes sociales. Et la vie que l’on choisit pour soi et par soi-même vaut largement le sacrifice de son personnage social. Et c’est là, je pense, un des plus beau message de dépassement de sa condition proposé dans ce livre.

To Kill a Mockingbird : explication du titre

L’oiseau-moqueur est la métaphore de la personne sans défense. Dans le roman, Atticus incarne ce protecteur contre la barbarie des hommes. Il est l’avocat impartial qui défend contre tous celui qui est condamné à tort. La métaphore est évoquée à plusieurs reprises et est même utilisée par Scout pour justifier le fait de ne pas condamner Boo pour le meurtre de Bob Ewel. Le passage le plus clair reste le premier (chap. 10) :

When he gave us our air-rifles Atticus wouldn’t teach us to shoot. Uncle Jack instructed us in the rudiments thereof; he said Atticus wasn’t interested in guns. Atticus said to Jem one day, « I’d rather you shot at tin cans in the back yard, but I know you’ll go after birds. Shoot all the bluejays you want, if you can hit’em, but remember it’s a sin to kill a mockingbird.
That was the only time I ever heard Atticus say it was a sin to do something, and I asked Miss Maudie about it.
« Your father’s right, » she said. « Mockingbirds don’t do one thing but make music for us to enjoy. They don’t eat up people’s gardens, don’t nest in corncribs, they don’t do one thing but sing their hearts out for us. That’s why it’s a sin to kill a mockingbird. »

 

Note  : 3,5/5

 

J’espère que ces notes un peu brouillon et sans ordre particulier vous aurons donné envie de discuter de ce livre ou de (re)voir le film adapté par Robert Mulligan avec Gregory Peck (amateur de noir & blanc, c’est pour vous !).

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour discuter ce billet 🙂

 

 

 

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Tofu Sauvage

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